SIB24 : le pont invisible entre la 4G et la 5G
SIB24, le System Information Block qui orchestre la resélection de cellule 4G vers 5G NR. NR-ARFCN, priorité, seuils radio : analyse terrain complète.
Il est 2h47 du matin. L’écran du NOC affiche une alerte rouge : le taux de resélection LTE vers NR a chuté de 83 % à 12 % sur un cluster de 47 cellules dans le sud de Lyon. Les tickets utilisateurs remontent en cascade. Personne ne comprend pourquoi les terminaux restent collés en 4G alors que le réseau 5G fonctionne parfaitement. Le problème ne vient ni du gNodeB, ni du core 5GC. Le problème vient d’un bloc d’information système que la plupart des ingénieurs ne regardent jamais : le SIB24.
Ce bloc de signalisation, diffusé par l’eNB LTE, est le mécanisme qui permet à chaque terminal de découvrir la cellule 5G NR la plus proche sans aucune intervention de l’utilisateur. Quand il est mal configuré, la 5G devient invisible. Quand il est absent, les terminaux n’ont aucune raison de quitter la 4G.
Qu’est-ce que le SIB24 et pourquoi il change tout
Le SIB24 (System Information Block Type 24) est défini dans la spécification 3GPP TS 36.331 (RRC pour E-UTRA). Il a été introduit dans le cadre de l’architecture EN-DC (E-UTRA NR Dual Connectivity) et de la resélection inter-RAT LTE vers NR. Son rôle est simple mais critique : fournir au terminal en mode idle toutes les informations nécessaires pour mesurer, évaluer et potentiellement resélectionner une cellule 5G NR.
Positionnement dans la hiérarchie SIB
En LTE, le SIB1 indique au terminal quels autres SIB sont disponibles et quand ils sont diffusés. Le SIB24 fait partie des SIB optionnels. S’il n’est pas listé dans le schedulingInfoList du SIB1, le terminal ne sait même pas qu’il existe une couche NR à scanner.
C’est un point fondamental : la simple absence du SIB24 dans la configuration de l’eNB empêche toute resélection vers la 5G en mode idle. Le réseau 5G peut être parfaitement opérationnel, avec un excellent niveau de signal, sans qu’aucun terminal en veille ne le détecte.
Ce que contient le SIB24
Le SIB24 transporte un ensemble de paramètres encapsulés dans la structure CarrierFreqListNR-r15. Chaque entrée de cette liste décrit une fréquence NR candidate pour la resélection.
Chaque paramètre a un rôle précis dans la chaîne de décision du terminal :
- NR-ARFCN 650400 : identifie la fréquence centrale NR à scanner. La valeur 650400 correspond à la bande n78 centrée autour de 3.5 GHz, la bande TDD principale déployée en Europe pour la 5G NR.
- cellReselectionPriority 7 : la priorité de resélection. En LTE, les priorités vont de 0 (la plus basse) à 7 (la plus haute). Une valeur de 7 signifie que la couche NR est prioritaire sur la couche LTE servante. Le terminal tentera de resélectionner vers NR dès que les conditions radio sont remplies.
- q-RxLevMin -64 dBm : le niveau minimum de signal NR requis pour que la cellule soit considérée comme candidate. Ce seuil filtre les cellules trop faibles pour garantir un service stable.
- p-MaxNR 23 dBm : la puissance maximale que le terminal peut utiliser sur la porteuse NR. Cette valeur est standard pour les terminaux de catégorie grand public.
- subCarrierSpacingSSB kHz30 : l’espacement des sous-porteuses du SSB (Synchronization Signal Block) NR. En bande n78 (FR1), la valeur 30 kHz est standard conformément à la table 5.4.3.3-1 de la spécification 3GPP TS 38.104.
- t-ReselectionNR 2s : le timer de resélection. Le terminal doit mesurer la cellule NR au-dessus du seuil pendant au moins 2 secondes consécutives avant de déclencher la resélection. Ce délai évite les resélections intempestives sur des pics de signal transitoires.
Le processus de resélection étape par étape
La resélection LTE vers NR via SIB24 suit un processus déterministe, entièrement piloté par le terminal en mode idle. Aucune décision réseau n’intervient à ce stade.
Le UE en mode idle sur LTE décode le SIB1, identifie le SIB24 dans le scheduling, puis le décode à sa prochaine occasion de diffusion.
Le UE configure son récepteur pour mesurer le NR-ARFCN 650400 avec un espacement sous-porteuse de 30 kHz. Il recherche les SSB sur cette fréquence.
Le UE détecte un SSB NR, identifie le PCI (Physical Cell Identity) et mesure le SS-RSRP. Exemple réel : PCI 613, SS-RSRP = -119 dBm.
Le UE calcule : Srxlev = SS-RSRP - (q-RxLevMin + q-RxLevMinOffset). Si Srxlev > 0, la cellule NR est éligible. Avec -119 dBm et un seuil à -64 dBm... le calcul est négatif ici.
Si le critère S est satisfait ET la cellule NR reste au-dessus du seuil pendant t-ReselectionNR (2s), le UE resélectionne vers NR. Sinon, il reste sur LTE et réévalue périodiquement.
Le cas réel : décodage terrain avec HiCellTek
Dans la capture réalisée avec HiCellTek sur la cellule commerciale ECI 24237064 (TAC 50437), le terminal a détecté le PCI 613 sur la bande n78 avec un SS-RSRP de -119 dBm. Ce niveau de signal est significativement en dessous du seuil q-RxLevMin de -64 dBm défini dans le SIB24.
Ce type de décodage en temps réel, directement depuis l’interface Qualcomm DIAG du terminal, permet d’accéder au contenu brut des SIB tel que le chipset modem les reçoit. Là où un simple indicateur réseau affiche « 4G » ou « 5G », le décodage protocolaire révèle la mécanique complète : chaque IE, chaque seuil, chaque timer. C’est la différence entre constater un symptôme et comprendre sa cause.
Résultat : le terminal détecte bien la cellule NR, mais le critère S n’est pas satisfait. Il reste sur LTE. Ce comportement est parfaitement normal et voulu. Le SIB24 ne force pas une resélection aveugle vers la 5G. Il définit les conditions sous lesquelles cette resélection est acceptable. Un signal NR à -119 dBm ne garantirait pas un service stable, donc le terminal reste sur une couche 4G fonctionnelle.
C’est exactement le type de résultat qu’un ingénieur terrain doit savoir interpréter. La 5G est visible mais inaccessible à ce point de mesure. La question devient alors : pourquoi le signal NR est-il si faible ? Problème de couverture du gNodeB ? Obstacle physique ? Tilt d’antenne inadapté ?
Paramétrage opérateur et impact terrain
Le choix des paramètres SIB24 n’est pas neutre. Chaque valeur reflète une stratégie opérateur et a des conséquences directes sur l’expérience utilisateur et le trafic réseau.
La priorité de resélection : un levier stratégique
Selon les données GSMA publiées en 2025, 78 % des opérateurs européens ayant déployé la 5G NR en bande n78 configurent la priorité NR à 7, la valeur maximale. Cette configuration agressive pousse les terminaux vers la 5G dès que possible, ce qui permet de décharger la couche LTE et d’augmenter les compteurs d’utilisation 5G dans les rapports aux régulateurs.
Certains opérateurs adoptent une approche plus conservatrice avec une priorité de 5 ou 6, notamment dans les zones où la couverture NR est fragmentée. Un terminal qui resélectionne vers une cellule NR puis perd le signal doit revenir en LTE, ce qui génère des interruptions de service perceptibles par l’utilisateur.
Le seuil q-RxLevMin : trop haut ou trop bas ?
Un seuil q-RxLevMin trop élevé (proche de 0 dBm) réduit drastiquement la zone de resélection NR. Les terminaux ne resélectionneront que très près du gNodeB. Un seuil trop bas (inférieur à -120 dBm) autorise la resélection vers des cellules NR à la limite de la couverture, avec un risque de débit dégradé et de retour rapide en LTE.
La valeur de -64 dBm observée sur ce réseau commercial est relativement conservatrice. Elle garantit que le terminal ne resélectionne vers NR que si le signal est suffisamment fort pour un service de qualité. D’après les benchmarks Opensignal de janvier 2026, les opérateurs qui maintiennent un seuil entre -70 et -62 dBm obtiennent les meilleurs scores de continuité de service en zone urbaine dense.
Le timer t-ReselectionNR : stabilité vs réactivité
Taux de ping-pong LTE/NR estimé selon la valeur du timer (source : modélisation 3GPP TR 36.839, extrapolée pour NR)
Le timer de 2 secondes observé sur cette cellule représente un bon compromis. Il est suffisamment court pour ne pas retarder excessivement la migration vers NR, mais assez long pour filtrer les fluctuations de signal rapides dues au fading ou au mouvement du terminal.
SIB24 en contexte NSA vs SA
Il est important de comprendre que le SIB24 intervient exclusivement dans le scénario de resélection en mode idle. En mode connecté, c’est le réseau (via les événements de mesure B1/B2 configurés par RRC Reconfiguration) qui décide d’ajouter une porteuse NR en EN-DC.
Architecture NSA (Non-Standalone)
En NSA, le SIB24 permet au terminal en veille de se positionner sur la meilleure cellule NR. Quand le terminal passe en mode connecté (appel, données), la cellule LTE servante reste le PCell et le réseau peut activer le SCG (Secondary Cell Group) NR via une reconfiguration RRC. La resélection idle via SIB24 et l’ajout SCG en mode connecté sont deux mécanismes complémentaires mais distincts.
Architecture SA (Standalone)
En 5G SA, le terminal campe directement sur NR. Le SIB24 n’a pas de rôle dans un réseau purement SA où le terminal est déjà sur NR. Cependant, dans les déploiements hybrides (ce qui représente la réalité de la quasi-totalité des réseaux en 2026), le SIB24 reste essentiel pour la transition idle depuis les couches LTE legacy vers NR.
Selon le rapport GSMA Intelligence de février 2026, seulement 23 % des déploiements 5G mondiaux sont en mode SA pur. Les 77 % restants utilisent NSA ou un mode hybride où le SIB24 est un rouage critique de la mobilité inter-technologie.
Diagnostic terrain : quand le SIB24 dysfonctionne
Revenons à notre scénario du NOC lyonnais. Comment diagnostiquer un problème de resélection lié au SIB24 ?
Vérifier la présence du SIB24
La première étape est de confirmer que le SIB24 est bien diffusé par les eNB du cluster concerné. Un décodage du SIB1 permet de vérifier si le SIB24 est listé dans le schedulingInfoList. Si ce n’est pas le cas, les terminaux n’ont aucune visibilité sur la couche NR en mode idle. La cause peut être une mise à jour logicielle de l’eNB qui a réinitialisé la configuration, un changement de template OSS appliqué sans validation, ou une erreur de paramétrage lors d’un swap matériel.
Valider la cohérence des paramètres
Même si le SIB24 est présent, des paramètres incohérents peuvent bloquer la resélection. Un NR-ARFCN qui ne correspond à aucune cellule NR active, un q-RxLevMin irréaliste, ou un t-ReselectionNR excessivement long (supérieur à 7 secondes) neutralisent le mécanisme.
Corréler avec les mesures radio
Le dernier niveau de diagnostic consiste à vérifier que les cellules NR référencées dans le SIB24 sont effectivement détectables avec un niveau de signal suffisant. Un drive test ciblé sur le NR-ARFCN indiqué permet de cartographier la couverture NR réelle et de la comparer au seuil q-RxLevMin configuré.
Le pont invisible qui détermine l’expérience 5G
Le SIB24 est un mécanisme de signalisation discret mais déterminant. Il représente le pont invisible entre deux générations de technologies radio. Sans lui, la 5G NR reste une infrastructure déployée mais inaccessible pour les terminaux en veille. Avec lui, correctement paramétré, la transition 4G vers 5G devient transparente, automatique et optimisée.
Pour l’ingénieur réseau, maîtriser le SIB24 signifie comprendre le premier maillon de la chaîne d’expérience utilisateur 5G. Avant le débit, avant la latence, avant le slicing, il y a la capacité du terminal à trouver la cellule NR. Et cette capacité dépend entièrement de ce bloc d’information système.
La prochaine fois qu’un KPI de resélection LTE vers NR chute sans explication apparente, commencez par décoder le SIB24. La réponse s’y trouve presque toujours.
Et vous, quel seuil q-RxLevMin observez-vous sur les réseaux que vous auditez ? Les valeurs sont-elles cohérentes avec la couverture NR réelle ou détectez-vous des écarts significatifs ?
Fondatrice HiCellTek. +15 ans dans les télécoms, côté opérateur, côté éditeur, côté terrain. Construit l'outil terrain que les ingénieurs RF méritent.
Demandez une démo personnalisée de HiCellTek, diagnostic réseau 2G/3G/4G/5G sur Android.